Une petite anecdote sur le manque de respect d'Antoine envers son Lolo (ou bien sur la complicité qui les unit, ça dépend comment on voit ça) : la famille avait fait à la maison une sorte de petit autel à la mémoire de Lolo, avec une belle photo de lui, une petite croix (le côté catholique de la famille - Tonton Albert est semble-t-il très croyant, Tonton Andrew beaucoup moins, et Chaton pas du tout), et une corbeille de fruits avec des bananes et du raisin (ça c'est le côté vietnamien - Lola a hésité à faire brûler de l'encens, mais ça sent un peu fort quand même).
Toute la famille se réunissait les premiers soirs pour prier devant ce mini-autel, pendant les 9 premiers jours (c'est la tradition catholique aux Philippines, qui culmine le 9ème jour par une prière plus générale avec quelques amis, suivie d'une collation, les Philippins pensent toujours à leur ventre).
Et bien Antoine allait régulièrement piquer du raison à son grand-père, malgré notre surveillance de tous les instants !!!
De la surveillance, il en fallait effectivement beaucoup, parce que la maison des grands-parents n'est pas vraiment sécurisée pour un petit enfant. A leur décharge, il est vrai que notre arrivée a été un peu imprévue, et qu'ils avaient la tête à autre chose que préparer la maison pour l'arrivée du petit monstre.
Et puis quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, rendre une maison totalement sûre pour un bambin, c'est mission impossible.
Je passerai donc sur les fils électriques bien en évidence et bien tentateurs pour Antoine, tout en notant que l'installation électrique n'est pas vraiment excellente, comme en témoignent les décharges que Tonton Andrew se prenaient régulièrement en branchant l'ordinateur.
Je mentionnerai juste rapidement les dizaines de bibelot rapportés de divers voyages par la famille, exhibés sur la table basse ou des étagères à hauteur de bébé. Lola a réagi au bout d'une semaine en demandant à Linda de mettre en hauteur tous les petits sujets en céramique, ouf !!!
Aller jouer dans la cour demandait une surveillance particulière. Comme je l'ai mentionné précédemment, l'approvisionnement en eau est assez spécial. L'eau du réseau public ne fonctionne pas 24h sur 24, et il y a donc 2 réservoirs d'eau assez grands (et en hauteur heureusement) pour avoir de l'eau dans la cuisine et dans la salle de bains tous les jours ou presque (c'est en fait un camion-citerne qui vient les remplir, et entre le moment où on s'aperçoit que le réservoir est vide et celui où le camion arrive, ben on est sans eau - heureusement qu'il y a 2 réservoirs).
Le problème, c'est pour la lessive. Il y a bien une machine à laver, mais Lola préfère ne pas l'utiliser pour les vêtements, car ça use le linge. C'est donc lavage à la main pour tout le linge ou presque. Et ça demande beaucoup d'eau. Il y a donc tout un tas de jerrycan, baquets, poubelles, etc ... remplis d'eau (et c'est donc pour ça qu'une personne se lève régulièrement à 4h00 du matin pour les remplir - et tant pis pour le bruit). Et comme la plupart des enfants, Antoine ne peut s'empêcher d'aller barboter dès qu'il voit ne serait-ce qu'une flaque. Il fallait vraiment avoir un oeil sur lui constamment, même si Antoine est assez à l'aise dans l'eau, une noyade est vite arrivée.
Mais là où j'ai eu la plus grosse crainte a posteriori, c'est le matin où Antoine et moi étions seuls à la maison et où je me suis décidée à faire une petite séance photo. On était tous les deux dans la cuisine, et Antoine s'amusait à transvaser les pommes de terre d'une gamelle à une autre. Je m'installe donc à quelques pas et je commence à le mitrailler. Pas très facile car la cuisine est assez sombre (comme je l'ai dit l'installation électrique n'est pas super, et il semblerait que toutes les lumières de la cuisine ne fonctionnent pas). Antoine continue son petit jeu, puis décide de s'asseoir un peu plus loin en jouant avec quelques ustensiles de cuisine posés en bas d'une étagère. Je relève le nez de mon appareil après quelques photos, pour m'apercevoir, horreur, que les ustensiles en question n'étaient autres que les couteaux à viande et autres hachoirs. Heureusement pas de coupure, mais franchement on aurait pu aller à la catastrophe.
Bon, d'un autre côté, comme il n'y avait pas beaucoup de jouets à la maison (juste 3 ou 4 qu'on avait apportés), il fallait bien qu'Antoine les remplace par autre chose.
C'est vrai qu'on s'est un peu ennuyé tous les trois, surtout les premiers jours parce qu'on n'avait pas de voiture. Le tour de la maison est assez vite fait quand même, aller admirer la poule dans le jardin, ça va bien 5 minutes, mais ça n'occupe pas les journées.
Alors Antoine et moi allions nous promener dans la rue. Pas de trottoir dans ce quartier, on joue en direct sur la chaussée, en se poussant de temps en temps quand passe une voiture ou une moto-taxi. Les rues sont assez animées bien que ce soit un quartier résidentiel sans commerce : entre les chiens et les chats sauvages, les enfants, les "bonnes" qui se retrouvent pour papoter, les coqs, le petit singe des voisins et les passants, on avait pas mal de choses à admirer. Dommage qu'Antoine soit encore un peu trop réservé pour aller jouer avec les petits enfants, ça l'aurait bien occupé (en fait, ce ne sont pas les enfants qui l'intimident, mais les adultes qui sont avec eux). J'avoue que je gardais quand même Antoine sous haute surveillance, d'une part parce que les chiens sauvages sont réputés pour attaquer de temps en temps (c'est ce qu'on m'a dit, mais je n'en ai pas fait l'expérience), et d'autre part à cause d'une petite chûte d'Antoine : il était en train de marcher tranquillement, quand il a soudain perdu l'équilibre pour atterrir ... dans la boue du caniveau. Et comme le dit Chaton, un caniveau c'est déjà pas bien propre, mais alors un caniveau manillais, c'est encore pire !!!
Ces petites promenades nous ont permis de faire quelques rencontres, les Philippins sont plutôt accueillants et curieux, ça tape la discute.
Le voisin me raconte que lui aussi comme Lolo a travaillé au Vietnam à la même époque, qu'il avait projeté d'épouser une Vietnamienne (comme Lola donc), mais que sa famille le lui avait fortement déconseillé, apparemment pas très chaude sur les Vietnamiens, et qu'il s'était donc marié à une Philippine (était-ce un message à propos de Lola ?)
Un monsieur dans la rue me demande si le petit est bien le petit-fils du défunt Jesus "Chat". Euh oui, mais comment il sait ça ? (bon peut-être parce que j'étais la seule Occidentale à habiter dans le quartier)
Tout le monde essaye de jouer avec Antoine ou au moins d'obtenir un sourire (peine perdue, monsieur jouait le timide).
Bref il règne une bonne ambiance dans le village où habite la famille Chat...